Gnôme-Rhône 14K Mistal Major
Moteur en étoile 14 cylindres
A l'origine ce moteur avait été identifié par erreur comme étant un Gnôme Rhône 14N.
Les moteurs d'aviation

La société Gnôme & Rhône et les moteurs de
grande puissance
Principal fournisseur de moteurs d'avions français
avec Hispano-Suiza, la société des moteurs Gnôme &
Rhône est sollicitée par le Service Tec hnique de
l'Aéronautique (STAé) à la fin des années 1920 pour la
fourniture de moteurs militaires et civils de forte
puissance. De tels moteurs sont souhaités par tous les
constructeurs. Lorsque renaît l'Armée de l'Air en
1928, les premières demandes du STAé auprès des
motoristes concernent les moteurs de forte puissance,
des moteurs dont la puissance unitaire dépasse 600
ch.
La firme Hispano-Suiza de Bois-Colombes à cet
égard jouit d'une excellente réputation. Elle fournit
gracieusement aux constructeurs intéressés des
moteurs pour battre des records. Hispano-Suiza, ainsi,
se taille un formidable palmarès en 1929 et 1930 avec
ses V12 équipant le Bréguet 19 de records piloté par
Dieudonné Costes, Maurice Bellonte et Paul Codos.
Hispano développe alors un nouveau V12 de 27 litres
développant 650 ch baptisé série 12 X, qui fait suite à
la série 12 N de 1929. Dans ce moteur, refroidi au
glycol, les soupapes sont creuses et refroidies au
Sodium. Ce moteur, qui délivre en 1932 près de 700
ch avec un compresseur centrifuge, est utilisé sur les
chasseurs monoplans Dewoitine 500 et 510.
Chez Gnôme & Rhône les ingénieurs du bureau
d'études cherchent des solutions nouvelles, purement
françaises. Le Jupiter 9 A de 1922 a vécu ; son
successeur suralimenté le Mistral 9K est en plein
développement mais en 1929 il ne dépasse pas les 650
ch et son potentiel semble limité à 750 ou 800 ch.
Si des moteurs de compétition à la fin des années
1920 dépassent 1000 ch, pendant quelques heures
seulement, voire quelques minutes, et au niveau du
sol, le temps d'accomplir un tour de piste, il n'existe
en 1929 aucun moteur de série dépassant 1000 ch. Le
moteur Rolls-Royce « R » du Supermarine S6
vainqueur de la Coupe Schneider 1929 disputée à
Calshot, un V12 de 36,7 litres construit à 20
exemplaires seulement, développe 900 ch sans
suralimentation, 1500 ch avec un compresseur
volumétrique Roots qui souffle à 1,7 bar. Il n'atteint
2000 ch qu'avec un « mélange » d'essence très
spécial : 78 % d'alcool, 22 % d'essence et 3 % de
plomb tétra éthyle. Ces moteurs disposent d'hélices
spéciales à pas variable et ne peuvent propulser que
des appareils légers. Hispano-Suiza, qui fournit le
moteur de course du Nieuport-Delage et des Bernard
HV-120 engagés, ne peut mettre au point à temps son
moteur, qui doit délivrer 1 680 ch. L'hydravion
Bernard HV-40 d'entraînement des pilotes est
propulsé par un Mistral 9 Ks à compresseur délivrant
800 ch et vendu 750 000 francs.
Un moteur de série doit tourner 200 à 300 heures
à plein régime ou à 80 % du régime maximal avec de
l'essence ordinaire à 74 degrés d'octane (en 1929)
puis à 87 degrés d'octane (en 1932), tirant une charge
de 10 tonnes et plus sur un bombardier à des altitudes
élevées. Rappelons qu'à 12.500 mètres, altitude où
parviennent les meilleurs bombardiers de la seconde
guerre mondiale, la résistance à l'avancement a
diminué de moitié par rapport au niveau de la mer,
mais la puissance des moteurs a diminué de moitié
également. Un moteur de 1000 ch ne développe plus
que 500 ch. En outre, les ingénieurs ont montré par
des essais de prototypes en laboratoires qu'un moteur
V12 de 40 litres obtenu par accroissement
homothétique des dimensions d'un moteur V12 de 20
litres ne donnait pas le double de puissance, mais
seulement 1,6 ou 1,7 fois plus de puissance. Ils
déterminent dans le même temps que des alésages de
pistons supérieurs à 165 mm donnent des moteurs
lourds et poussifs, pour différentes raisons
mécaniques : énergie cinétique, vitesse linéaire des
pistons, etc.
Chez Armstrong-Siddeley, le plus puissant des 14
cylindres « Jaguar », le type VIC de 1927-1928 ne
développe au mieux que 480 ch. Le « Leopard » qui lui
succède, un énorme 14 cylindres de 48,6 litres de
cylindrée ne parvient pas à dépasser les 800 ch malgré
des efforts déployés par les ingénieurs de Coventry
pour lui donner de la puissance. Chez Bristol, le
Jupiter culmine à 580 ch. Chez Rolls-Royce, le vieux
moteur Condor, qui date de 1918, ne développe
même pas 700 ch et il est au bout de son
développement. La firme américaine Wright, qui a
absorbé la société de construction des moteurs Curtiss
en 1929, abandonne les V12 pour se consacrer aux
moteurs en étoile. Le premier « Cyclone » en 1929 ne
développe que 500 ch.
Chez Lorraine-Dietrich, leader d'une entité
appelée Société Générale Aéronautique (SGA) qui
comprend SECM-Amiot (Colombes), Latham
(Caudebec-en-Caux), Hanriot, CAMS (Sartrouville),
Nieuport et Dyle-et-Bacalan, le 18 cylindres en W dont
le développement remonte à 1923, même s'il
développe une puissance appréciable, n'intéresse
aucun constructeur. Avec ses accessoires et les pleins
d'eau dans les radiateurs, ce groupe motopropulseur
pèse plus d'une tonne. Que dire du Lorraine W24 de
1 000 ch, dont le bloc moteur dépasse trois mètres de
long et qui pèse deux tonnes ! Non seulement, les
constructeurs veulent des moteurs puissants, mais
légers.
Chez Gnôme & Rhône, deux séries de moteurs
sont mises en chantier simultanément en 1929, la
série 14 K pour des moteurs de 700 à 1 000 ch et la
série 18 L pour des moteurs de 1 000 à 1 300 ch.
Baptisé « Mistral Major », le 14 K commence son
développement en 1930 avec le type 14 Ka homologué
à 790 ch ; en 1935 le type 14 K frs de 1 084 ch
constitue l'ultime développement de ce moteur qui
passe la main en 1936 à la série N, plus spécialement
adaptée aux compresseurs à deux étages. La série L
en revanche connaît de nombreux problèmes. Moteur
à 18 cylindres (deux étoiles de 9 cylindres) de 54 litres
devant développer 1 400 ch à 2 200 tours par minute à
la fin de son développement, le plus gros moteur
jamais construit par Gnôme & Rhône à cette époque,
malgré différentes modifications entreprises entre
1932 et 1936, ne passera avec difficulté
l'homologation à 1 400 ch - pour seulement 20 heures
de fonctionnement - qu'en 1936. A cette date,
d'autres solutions s'imposeront : les V12 suralimentés.
Destiné à être équipé de trois types de
compresseurs différents pour les vols en haute
altitude (plus de 12.000 mètres) des bombardiers de
l'Armée de l'Air, à moyenne altitude (autour de 8.000
mètres) des appareils de transport et à basse altitude
pour les chasseurs d'attaque au sol, la mise au point
du 18 L est contrariée par les problèmes de
températures trop élevée dans les cylindres, quel que
soit le type de compresseur utilisé, obligeant les
ingénieurs à limiter le régime et le taux de
compression.
Diverses modifications ont été apportées par les
ingénieurs du bureau d'études pour tenter de refroidir
correctement les cylindres : segments spéciaux,
traitement de surface des pistons, forme des culasses,
ailettes de refroidissement, capot ages à effet venturi.
En réalité, la solution à ce pr oblème qui a empoisonné
également tout le développement du moteur 14 K, se
trouve dans l'essence. En augmentant le taux de
compression, on augmente la température dans les
cylindres jusqu'à des valeurs - plus de 850 °C -
inaccept ables pour les hydrocarbures utilisés,
provoquant des détonations qui ravagent les cylindres,
tordent les soupapes et percent les pistons. La
France, qui ne contrôle pas la technologie des
hydrocarbures, dépend des anglo-américains pour la
fourniture de son essence d'aviation.
Les moteurs Gnôme & Rhône à 18 cylindres sont
destinés aux hydravions géants d'Air France. Quatre
moteurs Gnôme & Rhône 18 Lars devaient
propulser l'hydravion géant des lignes de l'Atlantique
Nord Latécoère Laté 620 avec vingt passagers couchés
en cabine, sur 6 000 km, et ses concurrents le Potez-
CAMS 161 et le Lioré et Olivier LeO H-49. Pour l'étude
et la construction de ces hydravions, chaque
constructeur touche en août 1935 plusieurs millions de
francs.
La compagnie Air France dont la flotte se compose
en 1933 d'un nombre important d'appareils de types
différents, souhaite renouv eler son parc par des
hydravions de grande capacité pour les lignes de la
Méditerranée, avec une centaine d'avions et
hydravions modernes, et les lignes de l'Atlantique
nord et sud, avec des hydravions géants.
Après sept ans de développements coûteux, la
série 18 L sera abandonnée en 1939, au profit de la
série 18 P née en 1937 et au profit de la série 18 R
mise en chantier en 1940. Ces moteurs sont tous des
18 cylindres de 54 litres de cylindrée destinés à
développer une puissance supérieure à 2 000 ch. En
réalité, après la construction des 30 moteurs d'essais
18 L, et 130 moteurs 18 P en 1937, ces moteurs seront
abandonnés car jamais leur puissance, malgré les
nombreux tests au banc, ne dépassera 1500 ch.
De 1930 à 1936, ce sont finalement les 14 K qui
seront utilisés, les moteurs les plus puissants
construits en série par Gnôme & Rhône.

Réclame G&R de 1933 (L'Air n° 323)
Le moteur Gnôme & Rhône 14 K Mistral Major
Baptisé « Mistral Major », le moteur 14 K dessiné
en 1928 par les ingénieurs du bureau d'études de
Gnôme & Rhône est alors le plus gros moteur jamais
construit par la firme française. Construits à
Gennevilliers en 1929, les prototypes des premiers 14
K apparaissent sur le marché pour essais en 1930.
Destinés aux essais au banc, ces premiers moteurs
purement atmosphériques pèsent 525 kg. La première
version 14 Ka est homologuée à 65 heures de
fonctionnement en 1930 à la puissance de 565 ch à
1800 tours par minute sans suralimentation. Le
rapport poids / puissance, 0,93 n'a rien
d'exceptionnel. Ce qui l'est d'avantage, ce sont les
perspectives de développement. Les ingénieurs
pensent tirer de ce moteur 900 à 1 000 ch dans les
quatre à cinq ans à venir.
La version suivante, baptisée 14 Kb en 1931,
toujours sans compresseur, développe la puissance de
625 ch à 2100 tours à 90% de la puissance nominale et
700 ch à 2400 tours, régime maximal autorisé, ce qui
égale déjà la puissance du moteur « Mistral » 9 Ks de
record construit l'année précédente pour les
hydravions d'entraînement de la Coupe Schneider. Sur
la version 14 Kcrs avec un compresseur mécanique
centrifuge développé chez Gnôme & Rhône, la
puissance dépasse 750 ch au niveau de la mer. La
version 14 Kdrs ('r' comme réducteur et 's' comme
suralimentation) développée en 1932 atteint 800 ch
grâce à une suralimentation par un compresseur
centrifuge à une vitesse. Les versions ultimes, en
1937, atteindront 930 ch grâce à des compresseurs
encore plus efficaces. Le moteur « Mistral Major » est
commercialisé par Gnôme & Rhône avec trois
réducteurs planétaires aux taux de réduction suivants
: 1/2 (1200 tours à l'hélice), 2/3 (1600 tours à
l'hélice) et 5/7 (1700 tours à l'hélice).
Les ingénieurs français, encore une fois, ont fait
preuve d'esprit d'innovation. D'une cylindrée de
38.762 cm3, le 14 K possède un vilebrequin forgé en
nickel-chome construit en deux parties boulonnées
entre elles, ce qui le rend léger et en principe évite
les vibrations « par résonance » qui se produisent au
régime moteur de 2400 tours. Inversement, le bloc
moteur est construit par usinage dans un bloc
d'alliage d'aluminium, technique assez
révolutionnaire, ce qui a pour effet de le rendre très
résistant. Un taux de compression assez bas de 5,5 est
utilisé. C'est la valeur moyenne utilisée dans les
années vingt sur les moteurs « paisibles » dans la
Marine, par exemple. En augmentant ce taux de
compression, on doit encore pouvoir augmenter la
puissance. Sur ce vilebrequin à la conception
particulière, les masselottes d'équilibrage sont
excentrées et les contrepoids y sont fixés par des
rivets.
Le moteur 14 K bien entendu est refroidi par air.
Chaque cylindre comprend une chemise en acier
nitruré fraisée et boulonnée sur les têtes de cylindre.
Finies les chemises flottantes à lumières des moteurs
mono soupapes. On trouve classiquement une soupape
d'admission et une soupape d'échappement par
cylindre, soit un total de 56 soupapes sur le moteur.
Les cylindres munis d'ailettes de refroidissement sont
usinés dans un alliage d'aluminium et non plus en
acier comme sur les moteurs Jupiter. Ils sont bloqués
sur la culasse par huit goujons. Les pistons sont
construits également dans un alliage d'aluminium
forgé. Chaque piston d'un alésage de 146 mm et
possédant une course de 165 mm comprend deux
segments de compression et un racleur d'huile situé
au-dessus de l'axe de la bielle. Deux carbur ateurs
Stromberg NAR 125 alimentent en mélange les rangées
de neuf cylindres (et non plus par groupe trois
cylindres comme sur les moteurs Jupiter), ce qui
résout du même coup le problème de l'alimentation
en essence du groupe arrière de cylindres par rapport
au groupe avant. Ces carburateurs sont « réchauffés »
par un circuit d'huile. L'essence utilisée est à 78
degrés d'octane. Chaque cylindre comprend une
bougie Avia et un anti-flamme Vénus, produits par
Bronzavia à partir de l'année 1934. L'ordre
d'allumage est celui de tous les sept cylindres :
1,3,5,7,2,4 et 6. Une magnéto haute tension fournit
l'allumage.
L'embiellage comprend deux parties, une bielle
secondaire commandée par six pistons et une bielle
maîtresse portant un piston qui tourillonnent
directement sur le vilebrequin (pas de roulements à
billes). Chaque cylindre comprend deux soupapes
commandées par des culbuteurs avec basculeurs, une
soupape d'admission et une soupape d'échappement.
La suralimentation est opérée par un compresseur
centrifuge à un seul étage construit par Gnôme &
Rhône ou axial type Rateau. Le compresseur Gnôme &
Rhône comprend un moyeu élastique pour permettre
au rouet à aubes construit lui aussi en alliages légers
de supporter les brusques variations de régime. Ce
rouet qui tourne à 25.000 tours/minute est actionné
par le vilebrequin à l'arrière du moteur à travers un
train de pignons ou un réducteur planétaire. Les
moteurs de la série 14 K peuvent être équipés de
plusieurs types de compresseurs : Gnôme & Rhône à
une vitesse, Farman à plusieurs vitesses, axial type
Rateau ou mécanique Roots.
Le moteur 14 Kb est testé sur le Latécoère 28-4-1
commercial (terrestre) en 1931. Ce monoplan
monomoteur de transport est propulsé soit par un
moteur Renault 12 Jbr de 500 ch, soit par un moteur
Hispano-Suiza 12 Hbr de la même puissance équipés
tout deux d'un réducteur 1/2. Avec le Gnôme &
Rhône 14 Kb, les performances de l'avion font un
bond en avant spectaculaire.
La version 14 Kcrs à réducteur(s) Gnôme & Rhône
et à compresseur à un étage est homologuée à la
puissance de 750 ch en 1932. Le moteur est essayé
avec succès sur le monoplan de chasse Dewoitine D-
370, plus rapide malgré sa silhouette trapue que le
Dewoitine D-500 à aile basse. Le D-371 à moteur
Gnôme & Rhône 14 K est commandé en série par la
Marine nationale en 1934 à 45 exemplaires pour
équiper le porte-avions Béarn.
Le moteur 14 K connaît un vrai succès
commercial. Après les essais sur Laté-28-4-1 et le D-
370 prototype, il est essayé avec succès sur le
prototype du bombardier Amiot 140, apparu en avril
1931. Construit à quarante exemplaires en 1933 pour
l'Armée de l'Air, l'Amiot 140 de série est propulsé par
deux moteurs Gnôme & Rhône 14 Kdrs de 790 ch. Cent
trente huit exemplaires supplémentaires, baptisés
Amiot 143, sont commandés en version BCR
(Bombardement Combat Renseignement) en 1934 pour
le bombardement de jour et de nuit, équipés du
moteur 14 Kirs/Kjrs homologué à 870 ch en 1934 après
l'abandon du moteur Hispano-Suiza 12 Ybrs de 860 ch
atteint de surchauffes.
Sur le marché français, dans les années 1930-
1934, le moteur 14 K s'impose ; même sur le marché
international pourtant très convoité par la Grande-
Bretagne et l'Italie, il se vend bien. A cette époque,
la firme est en phase avec le marché et elle anticipe
bien les besoins des avionneurs, situation qui ne va
pas durer. La firme Isotta-Fraschini construit le
Gnôme & Rhône 14 Kc sous licence en 1934 pour
équiper le Breda 65, un chasseur d'attaque au sol
construit à 150 exemplaires, également propulsé par
un FIAT A80 RC 41 de 1 000 ch.
Un moteur 14 Kdsr à compresseur de 840 ch est
monté en remplacement du moteur Hispano-Suiza
habituel sur le Blériot 111/6 de transport disputant la
course Londres-Melbourne qui se déroule du 20
octobre au 4 novembre 1934, course remportée par le
De Havilland « Gosvenor House ». Trop chargé en
essence, le Blériot 111/6 baptisé Sagittaire efface son
train d'atterrissage au Bourget le 18 octobre lors de
son décollage pour Londres et doit déclarer forfait.
Les moteurs 14 Kirs/jrs de 870 ch équipent le
prototype de transport Bréguet-Wibault 670T en 1935.
En 1936, des moteurs 14 Kirs équipent le Bréguet 470T
« Fulgur » de transport pour douze passagers. Les
deux appareils Bréguet tout comme le Bloch MB 300
prototype, finirent leurs jours dans la guerre
d'Espagne. Baptisé « La grosse Julie », le prototype
du disgracieux trimoteur Bloch MB 300 « Pacifique »
pour le transport de trente passagers en 1935 est
propulsé par trois 14 Kfrs de 990 ch. Les essais
montrent que les moteurs vibrent excessivement. Des
silents-blocs sont ajoutés aux bâtis moteurs pour
tenter de réduire les vibrations.
Le Potez 620 est dérivé du bombardier Potez 54
produit à 220 exemplaires dès 1933. Transportant
seize passagers, ce bimoteur dont la mise au point a
évidemment été rapide a permis de sortir la
compagnie Air France de ses problèmes de délais de
livraisons des appareils commandés pour les lignes
Parisb - Marseille, Paris - Rome et Paris - Madrid.
Propulsé par deux Gnôme & Rhône 14 Kirs-Kjrs de 890
ch, le prototype Potez 620 vole en janvier 1935.
Douze Potez 620 sont mis en service sur les lignes
d'Air France, avec les immatriculations F-ANPG à FANPJ,
F-ANQK à F-ANQM, F-ANQP et F-ANQR, F-AOTT
et F-AOTU et F-AOTZ à F-AOUB. En 1937, les neuf
appareils encore en service reçoivent des 14 N-16/17
de 900 ch. Quatre exemplaires sont transformés en
Potez 621 destinés aux lignes de l'Amérique du sud
par remplacement des 14 K par des Hispano-Suiza 12
Xgrs en 1935. Le potez 621 transporte sept passagers.
Dernier bimoteur de transport créé par Marcel
Bloch au bureau d'études de sa société en 1936, le
Bloch MB 220 est l'un des appareils de transports les
plus modernes d'Europe en 1936. Le prototype est
propulsé par deux moteurs 14 K de 820 ch. Les seize
appareils de série, mis en service par Air France sur la
ligne Paris - Marseille fin 1937, sont propulsés par
deux 14 N-16/17 de 915 ch.
Après les Amiot 140 et Amiot 143, les moteurs 14
Kgrs de 800 ch équipent plusieurs bombardiers
français de l'Armée de l'Air : les deux cent huit
bombardiers de jour et de nuit Bloch 200 quadr iplaces
mis en service en 1935, propulsés par deux 14 Kirs de
870 ch comme les Amiot 143. Sur son successeur le
Bloch 210, les moteurs 14 Kirs chauffent
exagérément. Inderdits de vol à cause de la
défaillance de leurs moteurs, les deux cent cinquante
sept Bloch 210 mis en service en 1939 sont finalement
remotorisés par des 14 N.
Dans la même catégorie que l'Amiot 143 et le Bloc
200, le Potez 541 est lui aussi équipé en pr emière
monte de deux moteurs Gnôme & Rhone 14 Kdrs de
790 ch, alors que la version Potez 540 est propulsée
par deux Hispano-Suiza 12 X et la version Potez 542
par deux moteurs Lorraine V12 Pétrel. Le Potez 541
est le prototype du Potez 543, produit à douze
exemplaires en 1937 pour la Roumanie et l'Espagne.
Quadrimoteur, le Farman F 222 est un bombardier
de nuit à cinq hommes d'équipage pr oduit dans
différentes versions à 72 exemplaires dont les
premières sont mises en service en 1936 avec des 14
Kjrs de 870 ch bientôt remplacés par des 14 N0/1 et
14 N-5/6 de 950 ch. La version de transport
transatlantique fut utilisée comme bombardier
nocturne par la Marine française : le F 2234 Jules
Verne fut le premier appareil français à bombarder
Berlin.
Peu apprécié des pilotes de l'Armée de l'Air à
cause de ses contraintes d'utilisation qui sont perçues
comme autant de défauts, le 14 K est apprécié par les
pilotes de la Marine nationale. Après les Dewoitine D-
371, les moteurs 14 K sont utilisés abondamment dans
les années 1932 à 1937 par l'aéronavale française. La
plupart des appareils importants commandés par la
Marine nationale sont propulsés par le moteur Gnôme
& Rhône en double étoile refroidi par air. En effet,
psychologiquement, les marins égarés en mer
préfèrent utiliser l'eau potable dont ils disposent pour
leur survie que pour refroidir les moteurs.
Les trente quatre Bréguet 521 « Bizerte », un
appareil dérivé de l'hydravion britannique Short
« Calcutta » sont propulsés par trois moteurs Gnôme
& Rhône 14 Kdrs de 845 ch. Ces hydravions sont mis
en service en 1935 et certains volent encore en 1945.
Préférant les moteurs 14 K refroidis par air aux
moteurs Hispano-Suiza refroidis par eau, la Marine
nationale commande soixante hydravions de patrouille
en mer Lioré et Olivier H-257 en 1936. Propulsés par
deux 14 Kirs de 870 ch, les LeO H-257 sont mis en
service à l'été 1936 en Manche et en Méditerranée.
Les derniers appareils volent encore en 1944.
La Marine nationale prépare pour tests à Saint-
Raphaël différents appareils qu'elle n'a pas
commandés en série. Dans cette catégorie, on peut
citer les Latécoère 293 et 440, versions militaires du
Laté 28 commercial, Le Farman F-270, essayé à
Toussus-le-Noble en juillet 1932, le Latécoère 55 en
1934, où les 14 Kirs remplacent les 9 Kdsr de 500 ch,
le Bloch 210 H, un hydravion dérivé du bombardier de
l'Armée de l'Air, le Latécoère 582, un gros hydravion
à coque trimoteur, équipé de trois 14 Kdrs de 820 ch,
l'Amiot 150 M, version crée en 1937 à deux flotteurs
de l'Amiot 143 et propulsée par deux 14 Kdrs de 740
ch.
Le prototype le plus intéressant utilisant les 14 K
est et le magnifique hydravion à flotteurs Lioré et
Olivier H-46, l'un des plus beaux hydravions jamais
dessiné dans le monde, qui est propulsé lors de ses
essais de qualification fin 1936 par deux moteurs 14
Knrs de 890 ch. Après l'abandon par la marine du
programme, le prototype H-46 construit à Argenteuil
est utilisé à Berre pour la mise au point des capotages
moteur dessinés par l'ingénieur Pierre Ernest Mercier
pour le bombardier LeO-45. Le LeO H-46 désormais
inutile est utilisé comme banc d'essais dynamique
pour la mise au point des moteurs 14 N.
Chaque moteur porte en lui ses propres limites et
ses points forts. Le défaut des premiers moteurs
rotatifs Gnôme construits entre 1908 et 1912 était la
soupape d'admission. Logée au coeur du piston, elle
finissait après une vingtaine d'heures de
fonctionnement par se détacher de son articulation et
le piston n'étant plus retenu par la compression dans
le cylindre quittait le moteur. Quand, il portait la
bielle maîtresse, le moteur explosait littéralement. La
solution trouvée par Laurent Seguin en 1912 a été de
supprimer purement et simplement cette soupape au
profit d'un dispositif de chemise mobile découvrant
par une lumière le conduit d'alimentation.
Les moteurs à 14 cylindres rotatifs souffraient
d'un autre défaut : étant alimenté par l'arrière du
vilebrequin par une pompe à essence unique, une
rangée de cylindres arrière était mieux nourrie que
l'autre. Dans une étoile, les pistons souffraient d'un
régime pauvre et pouvaient se percer, tandis que dans
l'autre étoile ils se noyaient. Le Jupiter souffrait de
vibrations qui finissaient par détruire les paliers et les
roulements.
Le 14 K lui aussi, malgré ses qualités, souffre de
défauts liés à sa lubrification, mais son système qui
comporte des améliorations techniques remarquables
en font un moteur très en avance. Contrairement à ce
qu'on pourrait penser, les moteurs fixes sont plus
compliqués à lubrifier que les rotatifs : l'huile
s'accumule dans les cylindres 4 et 5 et fait défaut
dans le cylindre 1 qui porte la bielle maîtresse. Ils
sont plus difficiles à lubrifier que les V12 où la
circulation d'huile dans le moteur emprunte un
parcours bien étudié. Sur les moteurs en ligne et en V,
l'apport d'huile au moteur se fait par refoulement sur
les paliers ; sur un moteur en étoile (et sur certains
moteurs en W), elle se fait par refoulement sous forte
pression à travers le vilebrequin. Les moteurs en
double étoile comportent deux pompes à huile pour le
refoulement et deux pompes de retour pour venir
chercher l'huile après usage dans la culasse et venir
l'amener aux filtres après une chicane ou puisard
filtrant. Sur le 14 K, l'huile sert à la fois à la
lubrification des organes mobiles et au
refroidissement du moteur. Elle doit donc être filtrée
sur le circuit retour et refroidie par un radiateur. Le
14 K est fait pour fonctionner dans des capotages
aérodynamiques qui permettent une bonne circulation
de l'air autour des cylindres. Plus l'avion est rapide,
mieux il fonctionne.
Malheureusement, les pilotes de l'Armée de l'Air
connaissent de nombreux serrages et casses moteur
avec les moteurs 14 K à cause de leur refroidissement.
Pour permettre une bonne ventilation des cylindres à
l'atterrissage à vitesse nulle alors que le moteur est
chaud, ils ne doivent pas couper le contact, mais au
contraire brasser les groupes propulseurs par un plein
régime, pendant quelques secondes. La mauvaise
lubrification limitant à la fois la puissance et la durée
de vie du moteur, les ingénieurs du bureau d'études
Gnôme & Rhône ont tout essayé pour améliorer la
situation. Le meilleur compromis fut trouvé en
multipliant le nombre des pompes à huile. Mal
lubrifiés, les moteurs cassent brutalement avant les
450 heures d'utilisation prévues.
A partir de 1934, la société Gnôme & Rhône
entreprend des études sur fonds privé des carburants
et des lubrifiants pour réaliser des moteurs de 1 000
ch. Les huiles végétales obtenues par pression,
comme l'huile de lin, utilisées sur les rotatifs, sont
proscrites au profit des huiles d'hydrocarbures.
Malheureusement, la France dépend de l'étranger
pour son approvisionnement en pétrole brut. Par
ailleurs, avec l'élévation du taux de compression et la
généralisation de l'usage des compresseurs sur les
moteurs, les ingénieurs de chez Gnôme & Rhône
démontrent par des casses moteurs provoquées au
banc sur des 14 K que des puissances supérieures à
900 ch nécessitent l'ajout dans l'essence de plomb
tétra-éthyle si l'on veut obtenir des taux de
compression supérieurs à 7. Là encore, la France doit
importer des Etats-Unis le plomb tétra-éthyle qu'elle
ne produit pas.
Les derniers moteurs 14 Kfrs construits en 1936
bénéficient déjà de ces recherches. Leur puissance
atteint 930 ch et même 1010 ch sur certains
prototypes construits en 1937. L'un de ces moteurs
équipe le Loire 46 C1 prototype de 1936 à titre
d'essai ; les Dewoitine D 371 utilisés pendant la
guerre d'Espagne sont propulsés par des 14K de 930
ch. Les moteurs de 1 000 ch n'intéressent pas
seulement les militaires. Ils intéressent les
constructeurs impliqués dans la construction des
hydr avions de transport sur les lignes de la
Méditerranée et de l'Atlantique. C'est pourquoi
Gnôme & Rhône entreprend dès 1934 la réalisation de
la série 14 N.
Plus de trois mille cinq cents moteurs 14 K sont
finalement construits en France entre 1932 et 1938,
sans compter les licences cédées à l'étranger. Un
moteur 14 K est vendu en 1936 plus de 400.000 francs.
Les licences de construction du 14 K sont vendues
en Belgique (SABCA à Bruxelles), à la Hongrie
(Manfred Weiss à Budapest), à la Tchécoslovaquie
(Walter-Praha), à l'Italie (Isotta-Fraschini à Milan), à
la Roumanie (Industria Aeronautica Romena à Brasov)
et à la Russie (usine Molotov).
Les Soviétiques produisent le 14 K sous licence
dans leur usine de Moscou sous la désignation M-85.
Ce moteur propulse les neuf bimoteurs ANT-35 dessiné
par l'ingénieur Tupolev en 1936, une bonne partie des
chasseurs monoplaces à aile de mouette I-153
dessinés par l'ingénieur Polikarpov et le I-180, une
version à moteur de 900 ch de chasseur en bois dérivé
du fameux I-16 dû à Polikarpov, ainsi que les
premières versions du bombardier bimoteur Iliouchine
Il-4. Les soviétiques parviennent même à développer
deux variantes plus puissantes, sous la direction de
l'ingénieur Shvetsov, les versions M-86 et M-87 de 950
ch (augmentation du taux de compression et du
régime).
Le 14 K de 900 ch produit par Isotta-Fraschini en
Italie équipe le chasseur monoplace Breda Ba.65, un
appareil d'attaque au sol produit à partir de 1936 à
quatre vingt et un exemplaires.
Sources documentaires
Dossier Le moteur Gnône et Rhône 14K
Mistral Major. Gérard Hartmann.